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mercredi, avril 20, 2011

Tchernobyl : la communauté internationale débloque 550 millions d'euros

Tchernobyl : la communauté internationale débloque 550 millions d'euros - Le Monde

Vingt-cinq ans après la catastrophe de Tchernobyl, la communauté internationale s'est rendue, mardi 19 avril, au chevet de l'Ukraine pour l'aider à financer une réponse de long terme au pire accident nucléaire civil de l'Histoire. Les dirigeants du G8 et de l'Union européenne étaient réunis à Kiev pour une conférence des donateurs rappelant le quart de siècle de la catastrophe, revenue dans l'actualité avec l'épisode de la centrale japonaise de Fukushima.

La centrale nucléaire de Tchernobyl après l'explosion, en avril 1986.

"Les contributions annoncées ce matin permettent de réunir le montant remarquable – après recalcul et correction – de 550 millions d'euros", a déclaréFrançois Fillon à l'issue de la conférence qu'il a co-présidée au titre de la présidence française du G8. Il avait dans un premier temps annoncé un montant de 575 millions d'euros avant de réviser à la baisse cette estimation. Il s'agit d'un"montant minimal", a-t-il souligné. "C'est un résultat qui illustre le sens des responsabilités de l'ensemble de la communauté internationale", a fait valoir M. Fillon, persuadé que "les pays qui n'ont pas pu annoncer un chiffre aujourd'hui seront en mesure de prendre des décisions très prochainement".

"SOUTIEN FERME"

L'objectif était de réunir les 740 millions d'euros qui manquaient pour financer les travaux liés à la construction d'une nouvelle chape isolant le réacteur accidenté Tchernobyl, d'un budget global de 1,5 milliard d'euros. Ce projet est financé par un fonds international géré par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd). Cette somme prévoit aussi la construction d'un dépôt pour le combustible nucléaire usagé et des travaux préparatoires.

Une trentaine de pays ont annoncé de nouvelles contributions à ce fonds, a indiqué le président de la Berd Thomas Mirow, selon lequel sa banque souhaite débloquer dans les mois à venir entre 120 et 180 millions d'euros. M. Barroso a promis l'octroi de 110 millions d'euros de la part de l'Union européenne. Les Etats-Unis ont débloqué 123 millions de dollars (86 millions d'euros). La France et la Russie ont annoncé respectivement des contributions de 47 et 45 millions d'euros.

Le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, a loué le résultat "sans précédent" de la réunion faisant lui aussi état de 550 millions d'euros réunis dont 29 millions débloqués par l'Ukraine. "Le processus de collecte des fonds n'a pas été facile", avec "des difficultés liées à la crise économique et financière. Malgré cela, nos partenaires ont fait preuve d'un soutien ferme", a-t-il souligné. "La finalisation de ce projet est important pour le peuple ukrainien mais a une dimension mondiale" et la crise nucléaire au Japon "a montré que la sûreté nucléaire ne connaissait pas de frontières nationales", a encore ajouté M. Ianoukovitch.

NOUVEAU SARCOPHAGE

Le réacteur n° 4 de Tchernobyl explosa le 26 avril 1986, contaminant une bonne partie de l'Europe, en particulier l'Ukraine, la Biélorussie et la Russie. Il a été recouvert à la va-vite d'une chape qui est maintenant fissurée. Le bilan officiel de la seule explosion du réacteur 4 est de 31 morts, mais de nombreuses personnes sont mortes de maladies provoquées par les rejets radioactifs. Le bilan total et les conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl font encore l'objet de débats vingt-cinq ans plus tard. Il est toujours interdit d'accéder à un rayon de 30 km autour du site. Les trous dans la fissure de l'abri de béton du réacteur atteignent actuellement 100 m2, selon l'organisation Tchernobyl Children International.

Un consortium formé par les sociétés françaises Bouygues et Vinci a remporté en 2007 un appel d'offres pour la construction d'un nouveau sarcophage étanche financée par un fonds international géré par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement. Cette nouvelle enceinte de confinement, une grande arche en acier de 108 mètres de haut et d'un poids de 20 000 tonnes, sera assemblée à côté, puis glissée au-dessus du sarcophage existant. Les travaux ont commencé fin 2010 pour construire cette nouvelle chape dont la mise en service est prévue en 2015. Le dernier réacteur de Tchernobyl a été fermé en 2000.

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mercredi, décembre 15, 2010

WikiLeaks : Ukraine, la déception Timochenko

WikiLeaks : Ukraine, la déception Timochenko - Le Monde

Paralysie politique, gabegie, économie étouffée par la corruption : le bilan ukrainien, six ans après la Révolution orange qui a renversé le président Léonid Koutchma, parait décevant. C'est ce qu'indiquent les télégrammes de l'ambassade américaine à Kiev, obtenus par WikiLeaks et étudiés par Le Monde. Les derniers datent de fin février, alors que Viktor Ianoukovitch, le candidat du Parti des régions, vient de remporter le second tour de l'élection présidentielle le 7 février, contre la premier ministre, Ioulia Timochenko.

L'Est du pays, russophone et russophile, a pris sa revanche sur l'Ouest "orangiste". Une nouvelle ère semble s'ouvrir, pleine d'inquiétudes pour les partisans d'un amarrage de l'Ukraine à l'Union européenne. Le pays va-t-il retourner dans le giron russe ? Un pouvoir vertical va-t-il s'établir, sur le modèle poutinien ? Le 12 février,Roman Zvarych, député de Notre Ukraine, la formation du président sortant Viktor Iouchtchenko, rapporte à l'ambassade ses derniers échanges avec Ioulia Timochenko. Celle-ci refuse de démissionner. Elle lui a demandé d'agir pour préserver leur coalition au Parlement.

"Il a décrit son état actuel comme étant 'défaite, mal à l'aise et épuisée', et il nous a dit que sa santé a suscité des inquiétudes réelles pendant les dernières semaines de la campagne." La guerre intestine, d'une violence inouïe, entre le président sortant et son premier ministre a fait une grande victime : l'économie. Le 23 février, alors que le conseiller pour la sécurité nationale américain, James Jones, s'apprête à arriver à Kiev, l'ambassade écrit qu'"au cours des cinq dernières années, la seule réforme économique que l'Ukraine a entreprise est l'adoption de la législation pour son accession à l'Organisation mondiale du commerce".

"LIMITER SA CAPACITÉ DE DESTRUCTION"

Dans un autre télégramme, le 26 février, la députée et économiste Irina Akimova, membre du Parti des régions, dresse un constat très dur de l'état du pays. Elle affirme que "jusqu'à 70 % des dépenses du gouvernement", sous l'autorité de MmeTimochenko, ont été réalisées sans appel d'offres compétitif et que "près d'un quart de l'argent qui a circulé au travers des passations de marchés publics en 2009 (soit environ 5 milliards de dollars) ont été 'volés'".

Ioulia Timochenko, à Berlin, le 23 novembre 2006.

Ioulia Timochenko, à Berlin, le 23 novembre 2006.AFP/JOHN MACDOUGALL

L'ancienne égérie de la Révolution orange ne recueille guère les grâces des diplomates américains, qui soulignent son "populisme". Ancien membre de son parti, le BIoT, Viktor Pynzenyk a confié ses états d'âme à l'ambassadeur, le 22 février. S'exprimant, selon le diplomate, avec "une sincère tristesse", il a fait un portrait terrible de Mme Timochenko, préconisant des législatives anticipées pour"limiter sa capacité de destruction". Ex-ministre des finances, il a justifié sa démission en février 2009 par le fait que Mme Timochenko, alors premier ministre,"voulait un 'artiste' capable de peindre un joli tableau, plutôt qu'un ministre des finances qui travaillerait à l'amélioration de l'économie", rapporte l'ambassadeur américain.

Celui-ci conclut de façon sévère : "Il est malheureux de voir que le refus de Timochenko de prendre des décisions difficiles a coûté très cher au pays, pas seulement en termes de déficits, d'une dette publique plus forte, d'un PIB déclinant, mais aussi parce qu'elle a écarté des responsables intelligents et partisans de réformes comme Pynzenyk."

"CONTRÔLE MANUEL"

Le 17 décembre, quelques semaines avant le premier tour de l'élection présidentielle, l'ambassade américaine s'interroge longuement sur "les politiques économiques populistes" au cœur du programme de Mme Timochenko. Ce programme prévoit notamment un "rôle fort pour l'Etat" et la renationalisation de biens privatisés. Le télégramme note l'ambiguïté de la candidate vis-à-vis des oligarques. Elle les qualifie de "cancer" mais bénéficie aussi du soutien de certains d'entre eux.

Un député du BIoT, Youri Polouniev, souligne que ni elle, ni sa formation "n'ont de programme économique ni de système de prise de décision". Une expression revient régulièrement : le premier ministre fonctionne en "contrôle manuel", elle veut tout gérer. "En dehors de son style de management, note le câble, Timochenko est critiquée pour son apparent manque de compréhension élémentaire des fondamentaux de l'économie."

Piotr Smolar

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