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samedi, juin 04, 2011

Le Brésil veut éradiquer la pauvreté extrême d'ici 2014

Le Brésil lance un programme d'éradication de la grande pauvreté - Le Monde

L'objectif est aussi clair qu'ambitieux : "Un Brésil sans misère". Tel est le nom du plan lancé en grande pompe jeudi 2 juin à Brasilia par la présidente Dilma Rousseff et qui ne vise pas moins qu'à éradiquer de son pays la "pauvreté extrême" d'ici 2014.

16, 2 millions de Brésiliens – 8,5 % de la population - vivent en situation d'extrême pauvreté, avec moins de 70 Reais – 30 euros – par mois. La moitié d'entre eux ont moins de 19 ans, et 40 % moins de 14 ans. 60 % d'entre eux habitent le Nord Est du pays. 22 % sont analphabètes. Sur les 30 millions de Brésiliens vivant en milieu rural, un sur quatre est " très pauvre ". En finir avec la misère était une promesse électorale de la candidate Dilma Rousseff. En annonçant son plan, la présidente l'a présenté comme la priorité de son mandat.

La présidente brésilienne lors du lancement du programme "Un Brésil sans pauvreté", le 2 juin à Brasilia.


Combattre "la pauvreté chronique" enracinée depuis des siècles, et trop longtemps tenue pour une "fatalité" est, a-t-elle dit, "le défi le plus difficile à relever, le problème le plus grand et le plus angoissant de ce pays". Ce combat, le gouvernement entend le mener sur tous les fronts : allocations sociales, éducation, emploi, santé, accès aux services publics, amélioration des infrastructures, développement rural. Son plan recycle, améliore, amplifie des politiques existantes et comporte de nouvelles mesures. Il s'articule sur trois axes.

"C'EST À L'ETAT D'ALLER VERS LES PAUVRES"

Il s'agit d'abord de donner un peu plus d'argent aux miséreux en élargissant le champ d'application de la "bourse famille" ("bolsa familia"), ce programme de transfert de revenus créé sous le règne de l'ex-président Lula da Silva, et dont bénéficient 12 millions de familles pauvres et très pauvres. Désormais, jusqu'à cinq enfants par famille – et non plus trois seulement – pourront avoir droit à l'allocation, soit 1,3 million d'enfants supplémentaires. La somme mensuelle versée à la mère de famille, en hausse, variera entre 14 et 136 euros.

Surtout, l'objectif est d'attribuer la bourse famille d'ici décembre 2013, à 800 000 nouvelles familles qui pourraient y prétendre, mais qui ne la perçoivent pas parce qu'elles sont géographiquement isolées, démunies d'information et oubliées par les services de l'Etat. " Il faut en finir avec cette mentalité selon laquelle les pauvres devraient aller solliciter l'Etat. C'est à l'Etat d'aller vers les pauvres " soulignait cette semaine la ministre du développement social, Tereza Campello, dans un entretien au Monde, à la BBC et à El Pais. " Les fonctionnaires devront changer de culture, identifier les familles misérables, se rendre à leur domicile et agir ".

Depuis sa création en 2003, la bourse famille a permis à plusieurs dizaines de millions de Brésiliens de manger à leur faim, de vivre un peu moins mal et même de découvrir les joies de la consommation et du crédit. Mais elle ne suffit pas. "Un Brésil en pleine croissance ne peut se contenter de développer un grand programme d'aide sociale", observe Mme Campello.

FORMATION ET MICROCRÉDIT

D'où le deuxième axe du plan gouvernemental : assurer aux plus pauvres l'accès aux services publics : éducation, santé, eau, électricité, tout-à-l'égout. Près d'une famille rurale très pauvre sur deux ne dispose ni d'eau courante ni d'un puits ; plus d'une sur deux ne possède ni égout, ni fosse septique.

Le troisième axe du plan – l'"inclusion productive" – vise à donner aux "très pauvres" les moyens économiques d'échapper définitivement à la misère. Par l'emploi, la formation professionnelle, le microcrédit. Le Brésil manque de main-d'œuvre pour des emplois de faible qualification : l'objectif est de former 1,7 millions de personnes en milieu urbain d'ici 2014. Autre objectif : quadrupler le nombre de petits agriculteurs pauvres aidés financièrement par l'Etat et conseillés par des techniciens agronomes. Ces familles recevront des semences et des plants. Une "bourse verte" les encouragera à protéger l'environnement.

"Si le Brésil accomplit d'ici 2014 ce qu'il a programmé, conclut la ministre, il sera le premier pays en développement à atteindre le principal objectif du millénaire fixé en 2000 par l'ONU : réduire la misère extrême"

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lundi, mai 02, 2011

Les syndicats à l’exécutif et au patronat : “les salaires d’abord!”

Très hauts et très bas revenus - Le Monde

Au moment où la question du pouvoir d’achat et des salaires revient au premier plan, il n’est pas intéressant de savoir où l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) trace les frontières de la richesse et de la pauvreté. Dans l’édition 2011 de son ouvrage classique sur Les revenus et le patrimoine des ménages, l’organisme de statistiques relève qu’en 2008, c’est à partir de 88 200 euros de revenu déclaré annuel par unité de consommation (UC) qu’une personne se situe parmi les 1% les plus aisés de la population.

Rappelons que dans ce cas, le premier adulte du ménage compte pour 1 UC, les autres personnes de 14 ans ou plus pour 0,5 UC et les enfants de moins de 14 ans pour 0,3 UC. La même année, il y avait en France 7,8 millions de personnes pauvres, soit 13% de la population, pour un seuil de pauvreté fixé à 60% de la médiane du niveau de vie (soit 949 euros par mois).

Comme les chercheurs Thomas Piketty et Camille Landais l’avaient déjà observé à partir de 1998, les très hauts revenus ont augmenté plus rapidement que l’ensemble de la population entre 2004 et 2007, alors que l’écart entre les hauts revenus (les 10% les plus aisés) et la médiane des revenus déclarés par UC (18 300 euros en 2008) est resté stable à 2.

Alors que cette médiane a crû de 5,2% en euros constants entre 2004 et 2008, les quantiles supérieurs augmentent, eux, beaucoup plus fortement : + 9,6% pour le dernier centile (Q99, 88 200 euros), + 18,9% pour le dernier millime (Q99,9 et 239 300 euros de revenus) et + 32,7% pour le dernier dix-millime (Q99,99 et 732 300 euros). Ce creusement des inégalités par le haut serait principalement dû à une progression importante des revenus fortement concentrés du patrimoine.

Entre 2004 et 2008, alors que la population augmente d’un peu moins de 3% ajoute l’Insee, le nombre de personnes dont le revenu déclaré par UC dépasse 100 000 euros constants 2008 croît d’un tiers et passe de 331 000 à 440 000. Et le nombre de personnes dont le revenu par UC est supérieur à 500 000 euros augmente de 84% et dépasse les 13 000. Parallèlement, le nombre de foyers redevables de l’impôt de solidarité sur la fortune n’a augmenté que de 69%, en dépit de la revalorisation annuelle du seuil de l’ISF. Cette situation peut s’expliquer par l’existence en France de nombreuses niches fiscales permettant de réduire le revenu que l’on déclare au fisc.

La pauvreté monétaire, on l’a vu, concerne 13% de la population (contre 17% en moyenne dans l’Union européenne à 27, qui compte 84 millions de pauvres). En 2008, la moitié des personnes pauvres ont un niveau de vie mensuel compris entre 773 euros et 949 euros. Quant à la pauvreté en conditions de vie (être soumis à au moins 8 privations ou difficultés parmi un ensemble de 27 pris comme référence), elle touchait en 2009 12, 2% des ménages. Depuis 2004, cette forme de pauvreté a globalement régressé, mais ce mouvement semble interrompu : l’insuffisance de ressources concernait 13,8% des ménages en 2009 contre 12,6% en 2008.

La pauvreté en conditions de vie touche en premier lieu les familles monoparentales (27,4% sont dans ce cas en 2009), les couples avec trois enfants ou plus (17,4%) et les ménages dont la personne de référence est jeune, tandis que les plus de 65 ans sont les plus épargnés. Et, comme on pouvait s’y attendre le chômage augmente très nettement le risque de devenir pauvre...

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