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samedi, décembre 25, 2010

Les socialistes font leurs devoirs avant la primaire

Les socialistes font leurs devoirs avant la primaire - L'Express

Requinqués par leur victoire aux régionales au printemps, les socialistes ont renoué en fin d'année avec les querelles intestines, attisées par la perspective d'une primaire présidentielle inédite en France.

Les socialistes font leurs devoirs avant la primaire

Le Premier secrétaire du PS Martine Aubry lors d'un rassemblement à Paris. Requinqués par leur victoire aux régionales au printemps, les socialistes ont renoué en fin d'année avec les querelles intestines, attisées par la perspective d'une primaire présidentielle inédite en France. (Reuters/Gonzalo Fuentes)

Adepte de la guerre de mouvement, Ségolène Royal, battue par Nicolas Sarkozy lors de l'élection présidentielle de 2007, a pris le PS de court en annonçant fin novembre qu'elle était de nouveau candidate à l'investiture.

En l'absence de Dominique Strauss-Kahn, "présidentiable" au firmament des sondages mais retenu à Washington par son mandat à la tête du Fonds monétaire international, un duel à distance s'est instauré de fait entre Ségolène Royal et Martine Aubry, éclipsant les autres candidats à la candidature.

Le premier secrétaire, qui s'enorgueillit d'avoir remis le PS au travail, donnera sa feuille de route pour 2011 lors de ses voeux, le 13 janvier.

Retour sur l'année écoulée:

- UN SUCCÈS AUX ÉLECTIONS

Après la Berezina des européennes, en 2009, qui avait ébranlé un peu plus le leadership d'une Martine Aubry mal élue à la tête du parti, les socialistes se refont une santé au printemps 2010, lors des régionales.

Les 20 présidents de région socialistes sortants sont reconduits à leur poste, le PS fait basculer la Corse à gauche et seule l'Alsace échappe à la "vague rose" en métropole.

- UN PROJET EN GESTATION

Des "propositions en cascade", c'était l'objectif assigné par Martine Aubry à ses troupes en 2010 pour avancer sur la route présidentielle.

Plusieurs textes ont fait l'objet d'un consensus pendant l'année, du "nouveau modèle de développement" à la rénovation du PS, mais le projet sur "l'égalité réelle" a fait ressurgir les divisions à l'automne.

Qualifié par certains de "hotte du père Noël", le texte va de la semaine de cinq jours en primaire à la création d'une allocation-autonomie pour les jeunes, l'instauration d'un salaire maximum pour les patrons d'entreprises publiques ou l'interdiction du crédit-revolving.

Le PS doit tenir une "convention des conventions", en avril, où il promet de présenter un projet hiérarchisé et "financé à l'euro près", qui servira de "boîte à outils" au futur candidat à l'Elysée.

- LES RETRAITES, ÉCHEC D'UNE AMBITION

Présenté au mois de mai, le "contre-projet" du PS prévoit de mettre à contribution les revenus du capital pour financer les régimes de retraites et entérine l'allongement de la durée de cotisation - une petite révolution puisque le PS prônait jusqu'alors l'abrogation des lois Fillon qui le prévoyait.

Mais ces propositions passent inaperçues derrière la promesse de revenir à la retraite à 60 ans en 2012, à laquelle les Français, selon les sondages, n'arrivent pas à croire.

- UN LEADER INVISIBLE EN PLEINE ASCENSION

Depuis le mois de janvier 2010, Dominique Strauss-Kahn est classé dans les sondages comme le plus "présidentiel" des dirigeants du PS et celui qui battrait Nicolas Sarkozy à plates coutures.

Celui que certains ont rebaptisé "l'imam caché" du PS est tenu à un strict devoir de réserve sur la politique nationale.

Les statuts du FMI "ne m'interdisent pas de dire que j'adore les pâtes à la sauce tomate et pourtant je ne le dis pas", plaisante-t-il en novembre, continuant à semer des petites pierres blanches sur la voie d'une candidature.

"Les Français ne m'oublient pas, je ne les oublie pas non plus", assure "DSK" d'un côté tout en assurant de l'autre qu'il finira son mandat, qui court jusqu'en 2012.

Attaqué en interne, le calendrier de la primaire lui convient puisqu'il repousse au maximum le début des hostilités officielles et donc son départ éventuel du FMI: dépôt des candidatures en juin et scrutin à l'automne.

- LA RELANCE DE LA COMPÉTITION

Arnaud Montebourg, concepteur des primaires ouvertes au PS, a rejoint en novembre Manuel Valls dans la catégorie des "candidats déclarés" à l'investiture. François Hollande, qui s'y prépare depuis 2008, multiplie les colloques au long de l'année.

Martine Aubry, elle, n'entend pas dévoiler ses intentions avant le mois de juin mais il n'est pas question pour la maire de Lille de laisser le champ libre à Ségolène Royal.

Depuis un mois, le premier secrétaire comme la présidente de Poitou-Charentes enchaînent les déplacements de terrain, auprès des "Français qui souffrent".

Cela frise parfois le grotesque quand leurs visites se déroulent le même jour sur le même thème sans concertation, comme en décembre en banlieue parisienne.

"Tous ceux qui aspirent à gouverner la France doivent être sur le terrain", temporise Martine Aubry. Réponse de Ségolène Royal: "Je ne fais pas ça pour moi, je fais ça pour la gauche".

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samedi, novembre 13, 2010

Aung San Suu Kyi libérée: les quatre échecs de la dictature

Aung San Suu Kyi libérée: les quatre échecs de la dictature - L'Experss

Retour sur les raisons et les conséquences de la libération de l'opposante birmane, Prix Nobel de la paix 1991. L'analyse de Christian Makarian, directeur adjoint de la rédaction de L'Express.

L'annonce de la libération d'Aung San Suu Kyi, ce samedi 13 novembre, intervient au coeur d'une séquence asiatique particulièrement riche, laquelle vient confirmer, si besoin était, que ce continent est désormais au centre du monde. Après l'attribution du Prix Nobel de la paix au dissident chinois Liu Xiabao, la visite à Paris du président chinois, Hu Jintao, le sommet du G 20 à Séoul, les premières images de la grande figure de la démocratisation en Birmanie interviennent comme une apothéose. Une foule (impossible à évaluer réellement) en liesse, le visage souriant de l'héroïne d'un peuple soumis à une terrible dictature, l'espoir qui renait.

Risque minimal pour la junte

Derrière cette joie oh combien légitime, se dessinent néamoins des rapports de force qui restent très tendus.

Au plan intérieur, la junte dominée par le général Than Shwe, qui déteste personnellement Aung San Suu Kyi, ne procède à cette libéralisation -très limitée- qu'au terme d'élections emportées haut la main (80 %) et très largement truquées. Certes, une liste d'opposition a vu le jour et obtenu quelques résultats, mais rien qui puisse se rapprocher d'un pluralisme.

C'est repu et sûr de lui, que Than Shwee relâche donc un peu la bride, avec la certitude qu'il ne prend guère de risques. D'une part, les opposants les plus significatifs regroupés autour d'Aung San Suu Kyi ont été éliminés, dispersés ou réduits au silence. D'autre part, en l'absence de structures et de réseaux, Aung San Suu Kyi est privée de moyens d'action. De surcroït, elle a visiblement accepté de se plier à une règle en échange de sa sortie de résidence surveillée : aider son pays à déserrer l'étau des sanctions internationales - objectif imposé par la junte.

Quelle sera donc la marge de manoeuvre de la grande dame, immensément patriote? Impossible à dire, car personne n'a à ce jour recueilli la moindre de ses confidences. On ne sait pas ce qu'elle pense dela situation présente, et c'est bien le problème. Jouira-t-elle de la liberté d'aller et venir, de celle de s'exprimer? Rien n'est moins sûr. Reverra-t-elle un des ses fils (exilé à Londres), qui demande au régime birman de l'autoriser à venir rendre visite à sa mère? Cette information est loin d'être confirmée. Pour l'heure cette "grâce" de Than Shwee ne permet pas vraiment d'affirmer que le combat de la démocratie a repris.

Pressions internationales

Il reste - bonne nouvelle! - que la junte a cédé aux pressions internationales, intenses et sourtenues. A celles de l'ONU, dont le secrétaire général, le Sud-coréen Ban Ki Moon, est personnellement engagé dans cette lutte. A celles des pays occidentaux qui n'ont cessé d'inviter les grands acteurs de la région à user de leur influence sur le Myanmar (nom donné par la junte à la Birmanie). Au premier rang, la Chine et l'Inde, deux pays qui ont une réelle influence. Lors de la visite à Paris de Hu Jintao, Nicolas Sarkozy a demandé à ce dernier d'agir en faveur d'Aung San Suu Kyi. De même, en partance pour Séoul, le président français a téléphoné au leader indien pour le prier de ne pas rester inactif, et ce dernier a accepté de joindre par téléphone Than Shwee.

Enfin, les sanctions très lourdes qui pèsent sur la Birmanie compliquent à souhait la gestion gouvernementale et contribue à l'impopularité des militaires. Contrairement à une opinion répandue, les sanctions trouvent, dans le contexte actuel de mondialisation, un impact croissant. Même le régime iranien en souffre bien plus qu'il ne le laisse entendre.

Au final, Aung San Suu Kyi a remporté une grande victoire, malgré les réserves et restrictions qui s'imposent. Celle d'être devenue une icône de l'action non violente, celle d'avoir continué à entretenir l'espérance de son propre peuple, celle d'avoir contraint les militaires à constater leurs limites, celle d'avoir soulevé la joie du monde entier. Quatre échecs pour le régime de Than Shwe.

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